Mythologie : De quoi la “vergogne” protège-t-elle les hommes ?

Cet extrait du Protagoras de Platon nous montre les hommes, après la création du monde. Dépourvus de qualités et de forces, contrairement aux animaux, et malgré la connaissance de l’art de se servir du feu, que leur a obtenu Prométhée en le dérobant à Héphaistos, les hommes vivaient dispersés et très vulnérables. Voyons comment leur seule issue, fut de se regrouper, engendrant une nouvelle vulnérabilité, les uns aux autres, dont la vergogne devait les protéger…

“Une fois donc qu’ils eurent été équipés de la sorte, les hommes, au début, vivaient dispersés: il n’y avait pas de cités ; ils étaient en conséquence détruits par les bêtes sauvages, du fait que, de toute manière, ils étaient plus faibles qu’elles ; et, si le travail de leurs arts était un secours suffisant pour assurer leur entretien, il ne leur donnait pas le moyen de faire la guerre aux animaux ; car ils ne possédaient pas encore l’art politique, dont l’art de la guerre est une partie.
Aussi cherchaient-ils à se grouper, et, en fondant des cités, à assurer leur salut. Mais, quand ils se furent groupés, ils commettaient des injustices les uns à l’égard des autres, précisément faute de posséder l’art d’administrer les cités ; si bien que, se répandant à nouveau de tous côtés, ils étaient anéantis. Aussi Zeus de peur que notre espèce n’en vient à périr toute entière envoie Hermès apporter à l’humanité la Vergogne et la Justice pour constituer l’ordre des cités et les liens d’amitié qui rassemblent les hommes. Hermès demande alors à Zeus de quelle façon il doit faire don aux hommes de la Justice et de la Vergogne “dois je repartir de la manière dont les art l’ont été?” leur répartition a été opérée comme suit: un seul homme qui possède l’art de la médecine suffit pour un grand nombre de profanes et il en est de même pour les autres partisans. Dois je repartir ainsi la Justice et la Vergogne entre les hommes ? ou dois je les repartir entre tous ? Zeus répondit “repartis les entre tous et que tous y prennent part car il ne pourrait y avoir des cités si seul un petit nombre d’hommes y prenaient part comme c’est le cas pour les autres arts; et instaure en mon nom la loi suivante : qu’on mettre à mort comme un fléau de la cité, l’homme qui se montre incapable de prendre part à la Vergogne et à la Justice.