Banques : l’éthique est-elle un accélérateur de croissance ?

Pour Andy Haldane, l’économiste de la banque d’Angleterre, la restauration de la confiance rendra aux banques leur capacité à être des accélérateurs de croissance, qualité qui fait cruellement défaut à l’équation économique d’aujourd’hui.

Pour Mr Haldane, les banques disposent de deux types de capital: un capital physique et financier mesurable d’un côté, et un capital social beaucoup plus difficile à évaluer de l’autre. Il établit un lien entre la valeur des banques, le dynamisme de l’économie et le capital confiance des banques.

Au sommet du cycle, les 100 plus grandes banques au monde disposaient d’une capitalisation boursière de $4.9 trillion, soit autour de 8,5% du PNB. Au creux de la crise, ce capital était tombé à $1.4 trillion. Aujourd’hui, la plupart des banques sont évaluées en dessous de leur valeur comptable : elles détruisent de la valeur pour les investisseurs. Mais le pire reste que parallèlement à cela, la crise financière a généré un retard de Production Nationale Brute globale de 32 trillion débouchant sur une chute massive de productivité à l’origine de la grande fragilité de la reprise depuis 8 ans.

Cependant, c’est dans le domaine social, mesuré à l’aune de la confiance, que les banques ont perdu sans doute le plus de capital. Andy Haldane cite une enquête de 2013 auprès des professionnels de la finance qui, pour plus de la moitié d’entre eux, considéraient que leurs compétiteurs étaient engagés dans des affaires non éthiques et qui pour 24% d’entre eux considéraient que leur propre institution était engagée elle-même dans des affaires non éthiques.

Si l’on s’intéresse à l’opinion du public, le déficit de confiance est encore plus grand. C’est ce que l’économiste de la banque d’Angleterre appelle « la grande division » : «la confiance dans les banques a été construite au fil des siècles grâce à leur ancrage local dans leur communauté. Depuis la globalisation (qui a commencé bien avant la crise), cet ancrage a disparu et la baisse de confiance a débuté : l’anonymat a ouvert la voie à l’ignominie ».

Nuages de mots de Forum Ouverts source BOE)

I believe that financial markets are likely to become….

(En bleu: les expressions positives / en rouge: les expressions négatives)

 

Pour Andy Haldane, la façon de répondre à ce challenge est de « recréer du sens dans la banque ». Et de citer la régulation, le débat académique ou le SMR (Senior Management Regime qui expose pénalement les dirigeants des sociétés financières aux Royaume Uni) comme autant d’initiatives allant dans la bonne direction.

Mais il faudrait aussi explorer d’autres voies comme la communication qui devrait être moins quantitative et plus qualitative : les rapports annuels des banques sont passés de 100 à 600 pages en quelques années et le langage utilisé est très peu accessible. De même les banques pourraient-elle devenir des fleurons du digital et bénéficier de la sorte de l’excellente image dont disposent les sociétés de technologie dans l’opinion publique. Enfin il faut rompre l’anonymat des grandes institutions, qu’elles soient financières ou non d’ailleurs, à travers une meilleure gouvernance, une meilleure responsabilisation et un meilleur « ancrage local ».

De ces évolutions dépend la capacité des banques en particulier, et de l’économie en général, à reconstruire du capital social  « brick by brick, bank by bank, policy by policy, word by word » selon Haldane. La restauration de la confiance rendra aux banques leur capacité à être des accélérateurs de croissance, qualité qui fait cruellement défaut à l’équation économique d’aujourd’hui.

Olivier Dyer

Article précédemment publié dans la lettre mensuelle du cabinet 99ADVISORY (n°102-Mai 2016)