Le chien et le frisbee : plaidoyer pour plus de simplicité dans la finance

Olivier Dyer, membre du comité scientifique, présente aux Happy Bankers le plaidoyer toujours d’actualité de deux membres exécutifs de la Banque d’Angleterre, Andrew G Haldane et Vasileios Madouros, en faveur d’une simplification drastique de la règlementation financière. Leurs travaux, publiés en août 2012, partent d’une métaphore qui constate que si la mise en équation des conditions précises pour attraper un frisbee est un problème physique complexe, avec un peu d’habitude un chien peut très couramment réussir cet exercice.

Il existe aujourd’hui au sein de la population des régulateurs anglo-saxons un nombre croissant de participants qui commencent à dire ouvertement que la finance moderne est complexe, probablement trop complexe, et que la régulation de cette finance est complexe, certainement trop complexe. De fait, comme la complexité génère de l’incertitude, la réponse à cette situation serait plus de simplicité plutôt que plus de complexité. C’est d’ailleurs aussi le nouveau credo que développent certains cabinets de stratégie pour leurs clients bancaires et financiers sous des titres accrocheurs comme « Simple & Efficient ».

Après avoir complexifié à loisir le monde jusqu’à le rendre presque incontrôlable, l’heure serait donc à la simplicité.

Dans leur étude, Andrew G Haldane et Vasileios Madouros déploie leur plaidoyer pour la simplicité en 4 étapes:

Ils mettent ainsi en lumière que cette inflation d’outils ne permet globalement ni de prévoir les faillites, ni de modéliser les risque ni … d’éviter les crises et concluent que le risque auquel s’exposent aujourd’hui les régulateurs en délivrant sans cesse des règles plus sophistiquées est un risque d’ « overfitting ». Ils proposent de réglementer explicitement la complexité, car elle nuit à la discipline de marché et au libre-arbitre des superviseurs.  Imposer des limites aux nombre de variables de sortie que les modèles internes des banques utilisent pour mesurer leurs différents risques, rendre plus contraignant le ratio de levier, diminuer le nombre de règles à superviser qui induit l’effet “penny wise but Pound foolish”, renforcer les équipes des superviseurs avec des profils d’expérience capturant les cycles des crises systémiques c’est à dire de 20 à 30 ans… telles sont les principales mesures avancées.

En termes strictement économiques, les crises financières sont largement aussi couteuses que les guerres. Les auteurs défendent donc l’idée de lutter contre la complexité par de la simplicité et d’implémenter un changement radical dans la réglementation : « si une crise historique ne peut délivrer un tel changement, qui le fera ? Et demander aux régulateurs daujourd’hui de prévenir les crises de demain avec des outils dhier revient à demander à un labrador dattraper un frisbee en appliquant d’abord la loi de Newton sur la gravité ».

Olivier Dyer

Article publié initialement dans la Lettre n°63 du cabinet 99 ADVISORY