Pourquoi le banquier devrait-il être heureux ? (épisode 1)

ÉPISODE 1: IL A TOUT POUR ÊTRE HEUREUX !

Qu’est-ce qu’un banquier ? D’où vient sa légitimité ? À quoi sert-il…?
Notre série “Pourquoi le banquier devrait-il être heureux?” mène l’enquête…
Le premier épisode va aux sources des missions fondamentales du banquier.

 

Qu’est-ce qu’un banquier ?

Étymologiquement, la banque est une table !

Les premiers banquiers grecs s’appellent des « trapezai » par référence à la table à quatre pieds « trapeza » utilisés à l’origine comme estrade pour présenter les esclaves dont on fait le commerce.

La « trapeza » se transforme en « mesa », la table latine via le grec « mesos » (au milieu) puis de « mesa » on passe à « banca » en italien (ainsi se nomme le comptoir des banquiers lombards) qui débouche sur « bank » en anglais via le saxon et sur « banque » en français.

Au sens figuré (ce qui est au milieu) comme au sens propre (la table, le comptoir), la banque n’est donc ni plus ni moins que le lieu de l’échange.

Le banquier est donc par définition l’intermédiaire c’est-à-dire celui qui, placé au milieu, rend l’échange possible.

Pas de banquier, pas d’échange !

D’où vient sa légitimité ?

Pour échanger, le banquier s’appuie sur la monnaie. La monnaie reflète une convention, garantie par un souverain, entre des acteurs qui acceptent de l’utiliser comme mesure de l’échange. La monnaie est à la fois unité de compte et moyen de paiement. Son étymologie renvoie à la déesse romaine Juno Moneta (monnaie, money). Les deniers de l’Empire romain sont frappés dans les dépendances de son temple. La banque utilise cette monnaie qui peut soit être battue par le souverain soit par le banquier, lui-même, si le souverain lui en confère le droit.

La monnaie porte en elle le concept de dématérialisation dont la digitalisation est un avatar technologique. A l’origine, elle se confond souvent avec son sous-jacent attestant qu’elle se substitue au troc (« sumer » le boisseau de blé qui devient la première monnaie connue en mésopotamie, « bous » le bœuf grec qui devient une monnaie frappée à son effigie, « pecus » le troupeau latin qui devient la richesse « pecunia », le keseph hébreu à la fois mouton et argent, le gemel chameau et salaire, la rupa du sanskrit tête de bétail et monnaie en allant jusqu’à l’oie de Brent qui symbolise le cours du pétrole !).

Le capital quant à lui provient de la façon de dénombrer la richesse de l’éleveur antique évaluée en nombres de têtes (capita).

Donner par convention autant de valeur au bœuf sur pieds qu’à son effigie frappée sur un rond de métal est une révolution qui impose un tiers de confiance.

La confiance existe tant que le banquier considère que la monnaie, qu’il fait circuler, respecte la valeur fixée par la convention souveraine.

Pas de confiance, pas de banquier !

A quoi sert-il ?

Avec sa table et la monnaie, il est en position de permettre tout type d’échange :

L’échange des biens.

Celui qui vend du blé et qui veut des poules, va trouver de l’autre côté de la table celui qui vend des poules et qui veut acheter un bœuf.

L’échange du temps.

Celui qui n’a pas eu le temps d’épargner pour payer va trouver, de l’autre côté de la table, celui qui a pris le temps d’épargner et qui n’a rien à payer.

L’échange du lieu.

Celui qui vient de l’étranger et qui veut vivre ici, va trouver, de l’autre côté de la table celui qui vit ici aujourd’hui mais veut partir à l’étranger demain.

L’échange de rêves.

Le marin désargenté qui rêve de construire un bateau va trouver de l’autre côté de la table, le riche commerçant qui rêve de prendre la mer.

Pas de banquier, pas de futur !

 

Incarner la confiance, permettre l’échange, permettre d’anticiper et de se projeter. Avec de telles missions, comment le banquier ne pourrait-il pas être heureux ?

Vous le découvrirez en lisant notre épisode 2 : Alors, pourquoi est-il malheureux ?

 

Jean-Louis Dufloux

Photo: Portrait de groupe des Régents de l’Hôpital de Ste-Elisabeth de Harlem – Franz Hals – 1641