Les banques sont-elles capables de faire face à la vérité ?

Panama Papers, secret bancaire, l’actualité ne cesse de questionner les pratiques des banques. Tabous et non-dits constituent autant de puissants verrous à l’évolution des comportements. Pour réussir à changer, les banques doivent rompre avec un silence sur l’essentiel. En sont-elles capables? Le veulent-elles?

La notion de secret bancaire illustre de façon symbolique le dévoiement des valeurs de la banque. Longtemps considéré comme une valeur intrinsèque du métier de banquier, notamment en France, le secret bancaire est aujourd’hui souvent associé à ses dérives: évasion fiscale, non-respect des sanctions internationales, blanchiment voire financement du terrorisme…

Comme le secret, d’autres mots se sont chargés négativement au contact des grandes affaires bancaires médiatisées : crédit, valeurs, service, protection… Cette évolution des référentiels sémantiques reflète la profonde crise de sens du métier de banquier qui pèse sur la performance collective, la motivation des personnes et l’image du secteur dans la société.

De nombreux signes extérieurs manifestent que les grandes banques sont peut-être en train de perdre leur statut de partenaires incontournables de notre contrat social et économique : les jeunes se tournent de plus en plus vers de nouveaux entrants, on parle déjà d’uberisation de la banque et les nouvelles modalités transactionnelles cherchent partout comment éviter de passer par le système bancaire : crowdfunfing, transfert d’argent, prêt entre particuliers, monnaies locales, blockchain…

Pour aborder ces mutations et réussir sa transformation, la banque doit prendre acte de ce qui a été un véritable processus d’autodestruction de valeurs. Ce que tout le monde sait et que personne ne dit publiquement, c’est que les principales dérives du métier ont été provoquées par les banquiers eux-mêmes et que, face à cela, le secteur dans son ensemble s’est enfermé dans un système que personne ne semble vouloir / savoir remettre en cause.

“Pour la première fois de sa vie, il comprit que lorsque l’on désirait garder un secret on devait aussi se le cacher à soi-même.” Orwell, 1984

Le monde bancaire est face à un tabou, le tabou de l’autodestruction de valeur : il est le plus puissant verrou à l’évolution des comportements.

Si l’on veut changer les comportements, il est nécessaire de rompre avec cette habitude de silence sur l’essentiel. Pour cela, il faut mettre des mots sur les maux:
– L’héritage: peut-on réformer avec ceux qui ont créé le désordre?
– Les peurs: peut-on changer dans un environnement mondialisé hyper-compétitif?
– L’argent: est-il pour moi un but ou un moyen? Et pour mon entreprise? Et dans la culture moderne?
– L’humain: quelle place pour la relation et la confiance dans un métier de plus en plus technicisé?
– L’intérêt général : peut-on encore parler d’utilité sociale des banques ?

Le réseau Happy Bankers (« Fiers d’être banquiers et de contribuer au bien commun »), est un mouvement de transformation pour refonder la fierté du métier de banquier.

Il repose sur 3 piliers:
– Une dimension interbancaire d’innovation et de fierté, fondée sur les valeurs fondamentales et historiques du métier.
– La création de cercles Happy Bankers dans les établissements bancaires, où aborder en vérité les enjeux de transformation des banques.
– L’émergence de modèles : des hommes et des femmes capables d’adopter des nouveaux comportements et de porter de façon ajustée les changements nécessaires

Seule la vérité rend libre : le courage d’affronter les non-dits est le point de départ incontournable de toute démarche de transformation. Happy Bankers veut créer les conditions de confiance et de vérité pour ouvrir la voie de la transformation individuelle et de l’innovation collective.

Béatrice de Gourcuff, co-gérante de Companieros, co-fondatrice de Happy Bankers, arrière petite-fille de fondateur de banque.
@beadegourcuff